« La Villeneuve est riche de la diversité de ses habitant·e·s »
Chloé Pantel, maire-adjointe du secteur 6, dans son bureau de l’hôtel de ville, en novembre 2020. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)

Le Crieur a interviewé Chloé Pantel, nouvelle « maire-adjointe du secteur 6 » (quartiers Villeneuve, Village Olympique et Vigny-Musset). Rôle de l’adjointe, vision de la Villeneuve, lutte contre les effets de la crise sanitaire et sociale, participation des habitant·e·s, rénovation urbaine, les sujets abordés ont été nombreux. L’élue a beaucoup entendu et a beaucoup souhaité, mais le tout manque quelque peu de tangible.

Chloé Pantel n’est pas une novice en politique : elle est passée par le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) puis par le Parti socialiste, elle a été candidate sur la liste de Jérôme Safar (PS) aux élections municipales en 2014 (54e place). Elle est actuellement membre de Génération·s, le parti créé par Benoît Hamon à la suite de l’élection présidentielle de 2017. Elle a rejoint Grenoble en commun, liste menée par le maire sortant Éric Piolle, pour les municipales de 2020. Elle est présente sur la liste, cette fois-ci en position éligible (12e) et est nommée « maire-adjointe du secteur 6 ». Elle est éducatrice spécialisée, toujours en poste actuellement.

Sommaire des thématiques abordées :

Nuage de mots de l’interview. Plus un mot a été utilisé, plus il apparaît gros (cliquez pour obtenir l’image en plus grand format).

Rôle et vision de l’élue de secteur

Le Crieur de la Villeneuve : Vous avez été élue, dans la désignation officielle, comme « maire-adjointe du secteur », alors que le poste s’intitulait précédemment élue de secteur. Pourquoi ce changement de dénomination ?

Chloé Pantel : C’était un souhait de la nouvelle équipe et du maire pour renforcer notre action de proximité sur ce second mandat, le premier en ce qui me concerne. Le choix a été fait de donner aux anciens élus de secteur toute leur place dans cette nouvelle équipe, ce qui passe par cette nouvelle désignation de maire-adjoint. Elle acte surtout le fait que nous sommes des adjoints, donc des personnes qui ont une certaine responsabilité au sein de l’équipe. Il y a un ou une maire-adjoint par secteur pour que cet action de proximité, à un échelon reconnu par les habitant·e·s, soit clairement identifié. Il y a effectivement la volonté de concentrer son action pendant six ans sur un secteur et être au plus près des acteurs associatifs, des habitant·e·s et de l’ensemble des services qui ont un impact sur le secteur. Dans ce travail de proximité, on est en lien avec les élus de quartier qui sont une étape supplémentaire sur cette volonté de proximité. Chaque école et chaque quartier autour de l’école a un élu de quartier pour faire remonter les questionnements sur le quotidien, ce qui va bien, ce qui va moins bien. En tant que maire-adjoint, on a la responsabilité de suivre les projets structurants de l’ensemble du secteur et de coordonner l’action de proximité des élus de quartier dans l’objectif d’être au plus près des Grenoblois·es.

Mais quelle est vraiment la différence avec les anciens élus de secteur ? Il n’y a pas de maire d’arrondissement, comme à Paris ou à Lyon, ou de maire de secteur comme à Marseille.

Dans le précédent mandat, certains élus de secteur avaient d’autres délégations, ce qui pouvait rendre compliqué pour eux de faire l’ensemble de leurs missions. Cette mission de proximité prend clairement du temps et le fait qu’on soit maire-adjoint de secteur fait que notre temps est totalement consacré à ce secteur. C’est la grande différence. C’est une concentration de nos actions par secteur et cela prend tout notre temps. Je ne me vois pas avoir une autre délégation à côté, ce secteur me suffit largement.

Pourquoi avoir repris l’idée, comme lors de la précédente mandature, des élus de secteur qui n’habitent pas le secteur ?

Je pense que c’est important pour plusieurs raisons. Déjà, ça nous permet de prendre du recul par rapport aux différentes situations que nous pouvons rencontrer. Moi je suis arrivée sans aucun a priori, à part les connaissances que je peux avoir de ce secteur en tant que Grenobloise depuis toujours. Cela permet de ne pas avoir d’implication personnelle dans les prises de décision, ce qui est important, surtout dans le secteur 6 où beaucoup de nos actions visent à réhabiliter et à améliorer le cadre de vie. Je prends les décisions pour les habitant·e·s et pas pour moi. Cela permet aussi une transparence et une honnêteté avec les personnes que je rencontre. Je ne suis pas leur voisine, elles peuvent se permettre de tout me dire, le lien est plus simple. Et puis, même si on reste élu de la Ville 24 heures / 24, 7 jour / 7, il est nécessaire d’avoir un équilibre entre vie d’élu et vie personnelle. On peut couper un peu, pour tenir le rythme. Rester à bonne distance pour être plus efficace et plus cohérent dans notre action.

Tout à l’heure, vous aviez dit que vous arriviez sur le quartier avec « les connaissances d’une Grenobloise depuis toujours ». Comment percevez-vous la Villeneuve ?

C’est un quartier qui est très riche de sa vie associative et de sa solidarité, comme on a encore pu plus le voir dans la situation de crise sanitaire actuelle. C’était quelque chose qu’on pouvait ressentir, même en étant très éloigné comme c’est mon cas, même si je pouvais aller à Villeneuve pour apprendre à nager dans l’ex-piscine Iris ou pour aller à l’Espace 600 de temps en temps. C’est un quartier très divers et riche de la diversité de ses habitant·e·s. Tristement, les habitant·e·s se sont réuni·e·s samedi dernier pour rendre hommage à André Béranger. Pour moi, ce temps traduisait très bien l’esprit de la Villeneuve. C’était leur compagnon de route et ils lui ont rendu hommage, en toute simplicité, avec une organisation de dernière minute mais qui a réuni énormément de monde. C’était très émouvant. La Villeneuve, ce sont aussi des acteurs très exigeants envers la municipalité, comme pouvait l’être d’ailleurs André Béranger, mais toujours dans un objectif, partagé, d’amélioration du cadre de vie et de la solidarité. Je suis assez convaincue que, malgré cette exigence, nous avons le même objectif et nous portons les mêmes choses. On va arriver à travailler tous ensemble dans cette direction. La crise sanitaire peut peut-être perturber cela mais clairement les élans de solidarité et la volonté de maintenir les activités sur le quartier font du bien. J’ai été conviée à un événement de la Maison de l’image avec une projection lumineuse, ce qui montre bien que, malgré tout, ce quartier veut continuer à vivre et qu’il est vivant quelque soit la situation sanitaire.

Les relations entre la Villeneuve et la mairie

Question d’un habitant, que va faire la mairie pour lutter contre la crise sanitaire et sociale qui touche de plein fouet les habitants des quartiers populaires, donc la Villeneuve ?

On a une attention particulière sur la situation sanitaire mais également sociale dans les quartiers populaires. Nous avons la volonté d’accompagner ceux qui sont le plus en difficulté. Je ne sais pas s’il y a des actions très ciblées vers les quartiers, car cette question est le fil directeur de l’ensemble des actions de la mairie dans cette situation. On met en avant et on aide ceux qui veulent créer de la solidarité entre les personnes. Les habitant·e·s doivent pouvoir accéder aux soins et aux tests sans difficulté. Pour l’instant je n’ai pas de remontée particulière sur un non-accès aux soins. Il a pu y avoir sur le Village Olympique une volonté de la Ville de participer à des études de santé avec une campagne de test très ciblée, justement pour connaître le lien entre conditions de vie et contaminations ou non à la Covid-19. Ces éléments nous permettrons peut-être d’adapter notre action. On espère tous aussi pouvoir sortir rapidement de cette crise. On connaît les impacts du confinement sur la santé physique et psychique des habitant·e·s. Je ne pense pas qu’il y ait une action spécifique uniquement tournée vers les quartiers populaires parce que notre volonté est de répondre aux besoins de chacun. Mon souhait c’est d’avoir une vigilance pendant la crise sanitaire mais pas uniquement. Il faut aussi qu’on puisse avoir une vigilance sur la situation sociale et sur une aggravation ou non de la précarité dans nos quartiers et on y répondra le plus justement possible en fonction des éléments repérés.

Vous disiez qu’il n’y avait pas d’actions spécifiques pour les quartiers mais une action plus globale à l’échelle de la ville. Pourtant les études montrent que les habitant·e·s des quartiers populaires sont les premiers/ères à souffrir de la crise sanitaire, avec des problèmes de chômage et de pertes de revenu. Un groupe d’habitants a fait une enquête sur les locataires du parc social qui montre que presque les trois quartes d’entre eux ont subi une perte de revenu et que les deux-tiers ont des difficultés à payer leur loyer (lire Crieur n° 51). N’y a-t-il pas une action à faire de ce côté, puisque la Ville a, à travers Grenoble Habitat et Actis, un gros pouvoir sur les bailleurs sociaux (1) ?

Oui, il y a un travail à faire avec les bailleurs. J’ai demandé à avoir un suivi des impayés afin qu’on puisse répondre à cette situation. Ne plus pouvoir payer son loyer, je pense que c’est un indicateur de l’augmentation de la précarité. Sur la question du chômage en général et spécifiquement des jeunes, je suis en lien avec la Mission locale, d’autant plus que je suis membre du conseil d’administration. Une action spécifique va être organisée très prochainement sur le secteur en lien avec des entreprises d’intérim qui ont des demandes et qui souhaitent en faire bénéficier les jeunes du secteur. Politiquement, je crois qu’on a des choses à porter, pas uniquement à l’échelle de la ville. On peut porter l’ouverture du RSA pour les moins de 25 ans, on peut demander au gouvernement de ne pas mettre en application la nouvelle loi sur l’assurance chômage, car on sait qu’elle aura des conséquences graves. J’incite en tout cas toutes les personnes qui sont dans une situation de précarité à se tourner vers les travailleurs sociaux car elles ont des droits et doivent pouvoir en bénéficier : le RSA, la prime d’activité, les aides très temporaires pour certaines factures énergétiques, etc.

Je m’attarderai plutôt sur la situation sociale que cette crise sanitaire peut avoir, spécifiquement dans nos quartiers populaires, que sur la crise sanitaire en tant que telle, qui touche tout le monde. Grenoble et l’agglomération sont plus touchées par cette seconde vague que lors de la première. On sait que les conséquences sociales seront bien plus compliquées par la suite. C’est ma vigilance personnelle mais je sais qu’elle est partagée par l’ensemble de l’équipe municipale. J’attends un retour sur les derniers indicateurs du CCAS [Centre communal d’action sociale], du Département sur les nouvelles demandes de RSA et des bailleurs sur les impayés. On répondra bien évidemment avec les moyens de la commune à ces questions.

Il s’agit plutôt de mesures nationales. L’idée ne serait-elle pas de faire un guichet pour accompagner les gens, qui ne savent pas forcément que ces dispositifs existent, dans ces démarches ?

Le guichet unique des droits, c’était dans notre programme municipal. Dans cette situation et en général, la volonté est de simplifier l’ensemble des démarches, en lien avec le CCAS. L’ouverture des nouveaux locaux du CCAS, rue Claudel [en remplacement des locaux actuels galerie de l’Arlequin, ndlr] et d’un certain nombre de services de la Ville va y aider. Même si aujourd’hui ce lieu unique n’existe pas, la volonté est bien que la personne ait l’ensemble des renseignements dès le premier interlocuteur. Aujourd’hui, les travailleurs sociaux du CCAS et du Département orientent bien sur l’ensemble des dispositifs, qu’ils soient nationaux ou de la CAF. L’idée d’un guichet unique dans les différents secteurs est nécessaire mais je crois que les personnes de la Villeneuve peuvent aller au Patio pour avoir de bons renseignements sur l’accès à leurs droits.

Beaucoup d’habitants se plaignent que certains services publics municipaux sont assez peu présents, par exemple que la bibliothèque est assez peu ouverte ou que la Mission locale fait peu de permanences. Que répondez vous à ce sentiment ?

J’entends ce retour. Les plages d’ouverture peuvent être améliorées. Par contre, contrairement à d’autres quartiers, les services sont là. Il faut s’appuyer sur cette présence. On peut réfléchir sur la mise en place de plusieurs permanences de la Mission locale à la Villeneuve, on peut voir pour que la bibliothèque soit plus ouverte, mais il me semble que les services publics sont présents. Il y a deux maisons des habitant·e·s dans le quartier de la Villeneuve, qui sont des équipements d’hyper proximité, il n’y a pas beaucoup de déplacement à faire pour y accéder. Je suis prête à échanger pour savoir comment on peut améliorer cette offre de services publics. Les MDH, qui regroupent centres sociaux et antennes de mairie depuis le précédent mandat, ont amené une présence continue dans les secteurs et les équipes font le maximum pour répondre aux besoins des habitant·e·s.

Le marché du jeudi après-midi

Un des attraits du quartier qui fait que beaucoup de gens y viennent, en dehors du parc, est le marché du jeudi après-midi qui traverse une période d’essoufflement. Ne pourrait-on pas le rendre plus visible et plus attractif ?

Je pense que l’ouverture du marché et notamment celui du jeudi après-midi va avec le souhait de la Ville de réhabiliter la place du marché et l’ensemble des commerces. De mes premières rencontres avec les associations du quartier et avec les habitant·e·s, les avis sont très partagés à propos de ce marché. Certains souhaitent qu’il soit mis en avant car c’est un attrait du quartier, d’autres souhaitent qu’il ne soit plus sur cette place du marché et qu’il déménage dans un autre lieu plus accessible encore parce qu’il entraîne des difficultés de déplacement le jeudi après-midi. On a une volonté de faire perdurer les marchés présents. C’est une réelle nécessité et les habitants y sont attachés. Sur celui du jeudi après-midi, je n’ai pas d’avis tranché entre le déplacer pour qu’il soit plus visible et plus ouvert vers l’extérieur ou le réorganiser autour de cette place du marché car il est implanté et reconnu ici. Le choix se fera en lien avec la réorganisation définitive de cette place, en lien avec les commerçants, avec mon collègue adjoint aux commerces. Je n’ai pas d’avis tranché et je crois que personne n’en a, ou plutôt que les avis sont opposés. Je ne me vois pas prendre un parti-pris si rapidement. La volonté d’ouvrir le quartier sur le reste de la ville et de la métropole passe par le marché. Il est aussi connu que le marché de Saint-Bruno ou celui d’Échirolles. En tout cas mon souhait n’est pas de le faire disparaître, comme on a pu me le suggérer. Ce marché restera sur le quartier.

La participation des habitants

Une des instances de participation des habitants est la table de quartier, dans le cadre de la politique de la ville. Des échos, internes à la table, disent qu’elle serait un peu moribonde. Qu’en est-il ?

La table de quartier est le nom donné à ce dispositif dans le cadre du contrat de ville [le dispositif s’appelle conseil citoyen dans la loi, à différencier des conseils citoyens indépendants mis en place à Grenoble, lire l’article Tout comprendre aux tables de quartier, ndlr]. Les instances doivent être renouvelées prochainement [les membres sont élus ou tirés au sort, ndlr] pour la prochaine année. Par contre les projets pour 2021 [déposés dans le cadre des financements publics du contrat de ville, ndlr] vont être analysés par la table de quartier existante. On peut quand même dire que cette instance a mis du temps à se mettre en place mais qu’aujourd’hui elle est « acceptée » dans son fonctionnement par l’ensemble de ses membres. L’année 2020 n’est clairement pas à prendre en exemple sur toutes ces questions parce que les échanges n’ont pas été facilités par la crise sanitaire, même s’il y a quand même la volonté de les maintenir. Je sais que c’est difficile de participer à des réunions par visioconférence.

C’est un dispositif qui est complètement obligatoire, dans le cadre du contrat de ville. Je veux qu’il soit le plus riche possible et que les habitant·e·s trouvent leur place dans ce dispositif, qu’il ne soit pas un dispositif imposé qui ne fait sens pour personne. Il existe aussi d’autres instances de participation des habitants. Ma volonté, en tant que maire-adjointe, est que l’ensemble des projets du secteur soit porté et soit concerté avec les habitant·e·s et avec tous ceux qui sont présents sur le secteur sans y habiter, les acteurs associatifs, les commerçants. On se concentre dans cette interview sur la Villeneuve mais le secteur est plus large, des habitants du Village Olympique « utilisent » des équipements de la Villeneuve. Tout ce monde a à échanger sur les projets structurants.

Oui mais la table de quartier est, comme vous l’avez dit, une instance obligatoire qui a un avis officiel, même s’il n’est que consultatif. Un pouvoir que n’ont pas les associations, les commerçants ou les simples habitants. Comme instance qui émet un avis officiel, elle devrait fonctionner de manière optimale, ce qui n’était pas le cas, même avant 2020. Elle s’est par exemple déchirée sur la question de l’organisation du RIC Arlequin.

Sûrement, je n’ai pas tout l’historique sur le fonctionnement de cette table de quartier. Le lien peut être difficile, en général, entre les acteurs associatifs, les habitants et ces grandes institutions comme la mairie, l’État, la Métro. Peut-être qu’on ne parle pas tout le temps le même langage. Ma volonté, c’est que les élus, les services, les associations et les habitant·e·s se saisissent de cet outil pour en faire quelque chose qui soit le plus efficient possible pour le quartier, que les projets soient portés. Il y a un apport financier important par le biais du contrat de ville qui aide à la mise en œuvre de projets. L’objectif est bien de se concerter mais aussi de mettre en œuvre ses projets. Malgré les difficultés passées, mon objectif est que la table de quartier soit vivante, que chacun soit respectueux de tout le monde et que la décision soit collective.

Vous venez de parler de la programmation financière du contrat de ville, notamment des subventions au titre du contrat de ville (2). Cela reste des montants faibles : en 2019, la Ville a donné 55 000 € pour les quartiers Villeneuve-Village Olympique, soit environ 5 € par habitant. 70 projets ont été déposés mais seulement 45 financés. L’enveloppe est encadrée par le contrat de ville [signé en 2015 pour la période 2015-2020, il a été prolongé jusqu’à 2022, ndlr] mais ne pourrait-on pas augmenter ces montants dans le prochain contrat de ville qui devrait être négocié prochainement ?

Le contrat de ville est souvent une subvention supplémentaire à d’autres subventions. Je ne fais pas partie des personnes impliquées sur les négociations qu’il peut y avoir avec l’État sur l’augmentation financière du contrat. Je pense qu’on a le souhait, en fonction des possibilités de chaque acteur, de mettre en avant le contrat de ville mais cette subvention n’est pas une subvention de fonctionnement des associations, c’est une réponse à des projets. On pourrait toujours demander plus d’argent public mais on connaît les contraintes financières. L’intérêt que j’ai, c’est que les projets structurants et importants pour le quartier soient accompagnés financièrement par l’ensemble des acteurs et qu’on y mette un sens. Je sais très bien que les associations de la Villeneuve porte cette volonté de vivre-ensemble et de solidarité, qui doit être le fil conducteur des choix politiques et financiers.

Vous étiez présente en septembre à une restitution du travail de réflexion sur leur fonctionnement mené par les associations [lire l’article Plaidoyer des associations pour les élections, Crieur n° 47]. Neuf thématiques ont été dégagées, parmi lesquelles une plus grande visibilité financière avec la fin du financement par projet, des subventions pluriannuelles, la question des locaux, compliqués à obtenir, etc. Qu’avez-vous à leur répondre ?

Je vais redire ce que je leur ai dit, avec Annabelle Bretton [adjointe à la vie associative, ndlr], lors de cette rencontre : on entend la nécessité de subventions de fonctionnement et non par appel à projet. C’est un travail qui est en cours, porté par les services de la vie associative avec Annabelle Bretton. Effectivement il faut différencier les deux financements, même si les appels à projet restent nécessaires pour certaines actions ponctuelles. Les contraintes financières, à toutes les échelles, ont amené ce fonctionnement et on voit aujourd’hui qu’il peut mettre en difficulté certaines associations. Je ne vais pas répondre avant que le travail de réflexion soit porté mais comme on a pu le dire lors de cette réunion, c’est quelque chose que nous avons en tête.

Un diagnostic est en cours sur la question des locaux. Tant qu’on n’a pas les éléments précis, c’est compliqué d’apporter une réponse. Il y a des locaux qui vont peut-être être disponibles et réhabilités, dans le secteur ou ailleurs. Certaines associations vont être installées au dessus de la crèche du 120 galerie de l’Arlequin. Il y a des possibles mais il faut une vision globale à l’échelle de la ville, ne pas forcément réfléchir secteur par secteur. Dans tous les projets de réhabilitation à la Villeneuve, il faut avoir une visibilité des locaux disponibles, dans les copropriétés et dans les bâtiments de la mairie. Par exemple, il y a une ancienne antenne mairie et son annexe qui sont toujours là et l’annexe va peut-être être utilisée dans le cadre du chantier du centre de santé des Géants.

Vous savez quand sera rendu ce diagnostic ?

Aucune idée, les visites ont commencé à avoir lieu dans l’ensemble des secteurs avec les services de l’immobilier municipal.

À propos de l’aide et de l’accompagnement des associations, en se basant sur les remontées des questionnaires qui permettent d’avoir une vision des difficultés rencontrées par les associations pendant la crise sanitaire, je crois que les réponses d’aides ponctuelles vont aboutir, une délibération au conseil municipal est passé. On continuera, avec l’ensemble des acteurs dont l’État et la Métro, à s’assurer que cette vie associative, si connue à la Villeneuve, puisse perdurer.

À propos du budget participatif, un des projets déposés concernait la Villeneuve et son parc, mais n’a pas été retenu. Le Crieur a fait le calcul, sur les cinq éditions, donc 62 projets, sept projets concernent le secteur 6, ce qui fait peu (3). Pourrait-on réformer le budget participatif pour qu’il soit plus équitable en faveur des quartiers du sud de la ville ?

Je crois qu’il faut que les habitant·e·s et les associations se saisissent de ce budget participatif. Ce n’est pas simple de se lancer dans cette aventure. Aller porter son projet dans un forum peut faire un peu peur. Pour avoir échangé avec la jeune fille qui a porté le projet de cette année, on voit la difficulté à en faire la promotion. Dans le reste de la ville, il y avait des affiches des différents projets qui disaient « Soutenez-nous ! », chose qu’il n’y avait pas du tout à la Villeneuve. Je me dis qu’il y a un travail à faire, autant de la part des services de la ville que de tout acteur du quartier, sur comment on porte un projet. Dans le budget participatif, tous les secteurs doivent quand même être représentés dans le choix final [dans la sélection finale qui est soumise au vote des Grenoblois·es, pas forcément dans les projets élus, ndlr]. Je suis en lien avec les services qui portent le budget participatif pour savoir comment on implique le service jeunesse, les équipes de prévention, le foyer-logement des personnes âgées, les commerçants, pour que le projet soit porté par le plus grand nombre.

Le problème n’est pas dans la promotion, le problème c’est que les gens en dehors du quartier ne votent pas pour les projets de la Villeneuve. L’année dernière, il y avait deux projets à la Villeneuve, dont un sur la piscine Iris, mais ils ont terminé dernier et avant-dernier du vote.

Il faut faire attention à comment on utilise le budget participatif. Pour la piscine Iris, le cadre n’était effectivement pas le bon et le projet n’a pas été retenu. Mais je ne suis pas d’accord sur le fait que les gens ne votent pas pour les projets de la Villeneuve. Je ne pense pas que ce soit le problème. Beaucoup de projets sont portés pour un secteur mais sont en fait étendus à l’ensemble des secteurs. Je ne suis pas sûre que le budget participatif soit très connu au sein du secteur 6. La volonté d’ouvrir le parc et ce secteur à l’ensemble de la Ville, tout va aller dans le même sens. Un budget qui concernera le parc de la Villeneuve bénéficiera à tout le monde, puisque ce sera le parc de tout le monde. Ça ne veut pas dire que les idées portées dans le projet de cette jeune fille, qui avait beaucoup de sens, n’auront pas toute leur place dans le cadre de la réhabilitation du parc ou de manière transitoire, le temps que tout se décide et que les travaux se mettent en place. Certains ont pu dire qu’il ne fallait surtout pas s’asseoir dans le parc parce que ça allait faire des nuisances. Il y a aussi toute la question d’aller convaincre les habitant·e·s de la Villeneuve que le projet fait sens. On pourra porter le projet d’une autre façon.

La rénovation urbaine

Vous avez parlé tout à l’heure du centre de santé des Géants, prévu dans le premier plan de rénovation urbaine pour être terminé en 2011, mais dont les travaux sont à l’arrêt. A-t-on une date de reprise des travaux ? Le verra-t-on un jour ?

On le verra un jour, c’est une certitude. Je compte bien participer à l’inauguration. Ça ne sera pas dans plus de six ans. Les équipes sont presque au complet : le maître d’œuvre est désigné, les entreprises sont en cours de choix, les dernières réponses d’appel à marché sont en cours. On espère bien faire reprendre le chantier le plus rapidement possible. Je n’ose plus dire de date parce qu’à chaque fois, on ne me croit pas ! Sur mon bureau, il est en haut de la pile des sujets prioritaires. L’ensemble des services est mobilisé sur le sujet, notamment le service de prévention de la délinquance car il y aura une réponse particulière à la reprise de ce chantier. Il est hors de de question qu’on reparte dans un chantier qui soit autant sujet à violence et à incivilités. Il y aura une sécurisation particulière. Comme j’ai pu le dire à l’union de quartier Baladins-Géants, la volonté est que le centre de santé soit construit à l’emplacement choisi, avant 2026. [Le retard] est assez incompréhensible quand on n’a pas tout les éléments du dossier. Les éléments de difficulté ont été entendus, certaines choses ont été résolues et on y mettra encore plus de garde-fous.

Vous parliez de violences, elles venaient de gens qui voulaient se faire embaucher sur le chantier…

Mais comme dans tout chantier porté par la Ville, il y a une clause d’emplois locaux, c’est en cours sur ce chantier. Mais effectivement, on n’a pas l’emploi si on vient menacer le chef de chantier, ça ne se passe pas comme ça. Il y a exactement la même clause d’emplois locaux sur le chantier du nouveau collège Lucie Aubrac et ça a fonctionné, il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas sur le chantier du nouveau centre de santé. Bien évidemment, dans la situation actuelle, on sait qu’il y a beaucoup de monde dans le quartier qui cherche du travail.

Ça fait un peu plus de trois ans que les parkings-silos, crique centrale, ont été démolis. Quels sont les projets pour les grand espaces laissés à leur emplacement, qui ne sont pas aménagés – un élu de l’ancienne mandature a même parlé de « champ de patates » – mais qui ont été récemment engazonnés ?

Et ça fonctionne plutôt bien.

Pour la troisième fois…

La troisième fois est la bonne ! Sur cet aménagement, il y a encore des décisions à prendre sur la réhabilitation des bâtiments autour. C’est un des accès pour le chantier de la place du marché. On ne peut pas investir et terminer les travaux d’espace public si on n’est pas certain qu’ils ne vont pas être détruits pour réhabiliter les bâtiments d’au dessus deux ans après. Souvent, ce sont mêmes les habitants qui nous disent : « Arrêtez de dépenser l’argent public ici si on sait que ça va être détruit ! » Cette situation d’attente peut ne pas être agréable à vivre mais il y a eu la rénovation du parvis du 50-52 galerie de l’Arlequin, des travaux de peinture vont commencer autour du Patio, ainsi qu’un nettoyage de la galerie et enfin cet engazonnement qui cette fois-ci fonctionne. On peut peut-être augmenter les aménagements mais ils resteront transitoires. Il faudra aussi faire le lien avec le réaménagement du parc et de la porte Nord (4). J’entends la volonté [d’aménagement de la crique centrale] car c’est aujourd’hui une porte d’entrée de ce quartier mais il n’y a pas actuellement de nouveau grand projet de réhabilitation de cette partie. On reste à l’écoute s’il y a des besoins particuliers, peut-être un chantier ouvert au public (5) ou une volonté de certains jeunes ou moins jeunes de s’approprier cet espace, sans entrer dans des aménagements coûteux.

On reste sur du transitoire qui va durer ?

Oui, j’espère que ce transitoire répond aux besoins. Mais la décision à propos des bâtiments ne va pas durer des années. Si on acte qu’il y a des travaux, ça restera du transitoire [le temps que les travaux soient faits], si on acte qu’il n’y a pas de travaux, on pourra faire un aménagement définitif.

Vous parliez de l’aménagement de la place du marché. La boulangerie et le bureau de tabac vont rester, l’Arbre Fruité va s’y installer. Quelle va être la politique commerciale de la mairie et de la Métro pour le reste de cette place ?

C’est effectivement une compétence métropolitaine. On est lien avec les services de la Métro sur cette question. Clairement, notre souhait, c’est qu’il y ait du commerce de proximité sur le quartier. Le but est de retrouver une dynamique commerciale, pas forcément de grande échelle, mais au moins que les commerces de proximité soient présents, qu’ils répondent aux besoins des habitant·e·s, qu’ils participent à cette vie de quartier. Ça passe par tous les dispositifs possibles, des aides à l’installation, peut-être par des loyers pas très chers, ou encore une communication lors de l’installation.

En parlant de communication, rien n’indique à l’extérieur de la Villeneuve qu’il y a des commerces sur la place du marché ou sur la place des Géants.

Effectivement ! La volonté est de terminer les premiers travaux, que les commerçants puissent circuler [rotation des commerces dans les locaux réhabilités le temps que tous les commerces soient rénovés, ndlr]. Je souhaite qu’il y ait de plus en plus de commerces de proximité et qu’on puisse maintenir la dynamique. Après, est-ce qu’on va arriver à faire venir des commerçants, c’est une autre question, mais j’espère bien. Pour en revenir sur le centre de santé des Géants, ce n’est que la première étape de la réhabilitation de cette partie de la place des Géants, il y aura un peu d’activité commerciale sur la place pour faire vivre cette entrée de quartier, en lien avec Eybens.

De nouveaux locaux commerciaux vont être construits sur la place des Géants ?

La pharmacie pourra être amenée à changer de place. On réfléchit, à propos de la réhabilitation de cette place, pour savoir s’il faut des locaux commerciaux et s’il faut réhabiliter les locaux actuels. La pharmacie fonctionnera d’autant mieux si la boucherie peut-être maintenue.

Question d’un des commerçants du quartier, quand est-ce que vous allez venir à leur rencontre ?

La période fait que c’est un peu compliqué mais j’ai la volonté de connaître l’ensemble des acteurs. J’irai à leur rencontre dès que possible, sans aucune difficulté. Je ne refuse aucune rencontre. J’ai effectivement commencé par les unions de quartier et par un certain nombres d’associations. Je ne crois pas qu’on puisse dire qu’on ne me voit pas dans le secteur. J’irai me présenter aux commerçants, soit individuellement soit collectivement s’ils le souhaitent.

Un des gros morceaux de la rénovation urbaine à venir est la réhabilitation de logements. D’une part avec le 30 galerie de l’Arlequin, d’autre part avec les deux plans de sauvegarde des copropriétés (60-120 et 130-170 galerie de l’Arlequin, qui viennent de se scinder, en novembre). En sait-on un peu plus sur ces réhabilitations, la date, comment va se passer le relogement des locataires et des propriétaires ?

Pour le 30 galerie de l’Arlequin, un bâtiment 100 % SDH, on a rencontré le bailleur récemment. Les études sur les techniques possibles de réhabilitation viennent de leur être rendues. Il faut notamment déterminer si la création de la cage d’ascenseur est extérieure ou intérieure. On partirait plutôt sur une cage intérieure, c’est la SDH qui fait son choix. La volonté de la SDH, ainsi que d’Actis, est de ne pas reproposer l’ensemble des logements [vides] à la location pour avoir des appartements disponibles au sein de la montée pour « délocaliser » les locataires en fonction des tranches de travaux.

Les habitants du 30 ont été informés qu’un côté de la montée serait réhabilité et que tous les habitants seraient relogés de l’autre côté pendant les travaux ?

Ça peut être ça. La SDH réfléchit aussi à commencer la réhabilitation par le bas et que tous les habitants soient relogés dans [les coursives] du haut puis inverser. Ce sont des choix d’organisation du propriétaire.

Il y aura donc un relogement sur place ?

Oui, apparemment la volonté est de permettre le relogement sur place.

C’est identique pour le plan de sauvegarde des copropriétés. Ils ont pu, malgré tout, finir la première partie du plan de sauvegarde avec la scission des copropriétés. On a pu voir que le taux de participation des copropriétaires était très important lors de ces AG de scission, ce qui montre l’importance de leur implication. On va passer dans une phase qui est plus concrète, le choix du maître d’œuvre, le choix des travaux, etc. Les copropriétaires continueront d’être accompagnés. Là aussi, dans les copropriétés, Actis et la SDH ont laissé la possibilité de ne pas relouer l’ensemble des appartements pour qu’il puisse y avoir un relogement sur place le temps des travaux.

Ce dispositif, Actis l’a mis en place sur la rénovation des tours du Village Olympique et ça fonctionne. Surtout qu’il n’y a pas besoin de partir très longtemps quand on change toutes les fenêtres, on peut déménager temporairement. Tout le monde a conscience que ce sont des travaux en site occupé et que ce n’est simple pour personne de vivre dans un bâtiment en rénovation. Cet accompagnement est anticipé, autant par les bailleurs que pour les copropriétaires.

Il y aura donc un droit de rester pour les habitants ?

Oui oui, il n’y a pas de volonté de faire partir les locataires.

Oui mais au 60 galerie de l’Arlequin, par exemple, les locataires ont été relogés ailleurs sans inscription dans la charte de relogement d’un droit au retour des habitants.

Là, c’est différent. Il n’y aura pas besoin de partir longtemps. Mais le droit de rester si on le souhaite et le droit de revenir si besoin sont importants. Je ne crois pas que les bailleurs nous fassent remonter des situations où les gens veulent partir pendant les travaux et revenir après. Peut-être parce que cette phase de travaux n’est pas opérationnelle dans la tête de tout le monde, il y a encore presque un an et demi d’études.

La réhabilitation du 40, ça avait été de gros travaux.

Tout à fait. Ce sont des travaux d’ampleur. Les travaux [galerie de l’Arlequin] se font actuellement en site occupé. On partirait plutôt sur de la réhabilitation en site occupé de manière générale. Après, ce sera une année et demi – deux ans de travaux qui ne seront pas simple à vivre au quotidien.

Il y a un mois, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) sur la démolition de logements sociaux à l’Arlequin fêtait son premier anniversaire. Ce RIC montrait clairement une opposition des habitants aux démolitions de logements sociaux. Le projet actuel de rénovation urbaine comprend la démolition du 20 galerie de l’Arlequin. Au moment du RIC, l’élue à la Politique de la ville avait dit au Crieur que la mairie ne reviendrait pas sur cette décision de démolition. Je ne pense pas que la position de la mairie ait changé ?

Tout à fait, ce bâtiment sera démoli, prochainement, à la suite du départ des agents du CCAS [situé au pied de la montée du 20, ndlr], au début de l’année 2021. La démolition commencera par celle du bâtiment du CCAS puis celle du 20 proprement dite. La volonté de l’équipe précédente et actuelle est de mener une bataille constante avec l’Anru pour montrer qu’on souhaite réhabiliter et non démolir. Il y avait un certain nombre d’autres immeubles qui étaient voués à la démolition par l’Anru et sur lesquels on s’est battu pour qu’ils soient réhabilités. Sur ça, on tiendra, notamment lors des décisions qu’il faudra prochainement prendre.

Justement, la revoyure du projet de rénovation urbaine va commencer et doit statuer notamment sur l’avenir du 90, 110 et 120 galerie de l’Arlequin. Comment va-t-elle se passer ?

La revoyure se fera en 2022-2023. Les échanges vont débuter et les décisions pour les bâtiments concernés par cette clause ne sont absolument pas prises pour l’instant.

La volonté de la mairie est bien de réhabiliter ces bâtiments ?

C’est bien de réhabiliter. En tout cas on poussera pour la réhabilitation.

Concernant le 10 galerie de l’Arlequin, quel est le projet ?

Le 10 est dans une situation où il n’est pas totalement concerné par la clause revoyure. Là aussi, l’idée est de réhabiliter. Pour l’instant, c’est un bâtiment qui est presque vide, en attente. Les décisions vont être prises mais le choix définitif n’est pas fait.

Mais on est sur de la réhabilitation ?

Plutôt.

Plutôt ?

Je n’ai pas tous les éléments en tête. Je ne veux pas vous dire n’importe quoi. La ligne, c’est la réhabilitation en priorité.

Si l’Anru souhaite des démolitions pour permettre la réhabilitation du reste des bâtiments, que ferez-vous ?

On négociera. Je n’ai jamais vécu de négociations avec l’Anru, donc je ne connais pas les marges de manœuvre. Si l’Anru nous impose des démolitions, on prendra nos responsabilités. C’est plutôt Élisa Martin [adjointe aux « Quartiers populaires et à l’Égalité républicaine »,
ndlr] qui porte ce projet. On portera en tout cas la priorité à la réhabilitation.

La culture

Question d’un acteur culturel du quartier, comment peut faire la mairie pour s’assurer que toutes les attentes culturelles soient représentées et satisfaites, avec une attention particulière sur les plus populaires ?

Je ne sais pas ce qui est entendu par attentes culturelles. Il y a d’une part l’Espace 600, qui est un équipement parmi d’autres. Il y a un travail important en train d’être fait sur la « Centrale des arts populaires » [projet d’aménagement de l’ancienne centrale d’aspiration des déchets, rue Dodero, pour en faire en lieu culturel confié à des associations du quartier, ndlr]. On avance sur le financement et sur la désignation des associations qui sont partie prenante de ce projet. On est en lien avec la nouvelle association qui fait du graff [All Concept, ndlr], à qui des locaux vont être proposés pour permettre son développement. La volonté de la Ville est de rendre possible toute cette activité culturelle, sous toutes ses formes, par des subventions par projet, mais pas seulement. Il peut aussi y avoir des acteurs culturels dans la piscine Iris [un projet est en cours pour transformer la piscine désaffectée en lieu de bien-être, ndlr]. Ça rentre dans la philosophie générale de l’éducation populaire et du vivre-ensemble portée par le collectif Iris. Je ne crois pas que notre seule politique culturelle sur le quartier de la Villeneuve passe par l’Espace 600, mais j’entends la vigilance. Je reste convaincue que l’Espace 600 peut être un équipement plus ouvert sur le quartier et qui peut répondre plus aux souhaits des habitant·e·s. Ce n’est pas un lieu culturel fermé sur le quartier.

L’insécurité

Question d’une habitante sur l’insécurité. Ces derniers temps, il y a eu des vols à l’arrachée au niveau de la galerie du 170 Arlequin. Un groupe d’habitants s’inquiète de la « recrudescence de la délinquance » et se mobilise sur ces questions. Quelles sont les solutions concrètes que la Ville peut mettre en place, sans forcément passer par plus de police ?

C’est un sujet complexe. De manière générale, il y a ce sentiment d’insécurité exprimé et, effectivement, on traverse une période avec une augmentation significative du nombre d’agressions. Même si ça ne dira pas grand-chose aux habitant·e·s, on l’a évoqué à plusieurs reprises au sein du CLSPD [Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, qui comprend des élus, des représentants de la préfecture et des acteurs du quartiers, notamment les associations de prévention de type Codase, ndlr] qui se réunit une fois par mois dans chaque secteur.

Le premier aspect est l’augmentation de la présence de la police nationale. Sur cette question, on n’a toujours pas ré-atteint le nombre de policiers nationaux qu’on avait sur l’ensemble de la ville en 2002. Mais on note l’arrivée depuis deux ans de 80 nouveaux policiers ou policières. Cette volonté d’augmenter la présence, que ce soit de la police nationale ou municipale, ce n’est pas forcément une action de répression, c’est aussi une présence humaine sur l’espace public qui peut participer à la prévention. Quand il y a des policiers sur l’espace public, ça a un impact important sur les agressions.

Il y a une incompréhension à savoir pourquoi il y a, en ce moment, sur un secteur ciblé, une augmentation des agressions. Malheureusement, on a peu de moyens d’agir autres que la police, pour attraper les personnes qui commettent ces délits. Il y a un appel à la vigilance collective mais ce n’est pas suffisant.

Sur la question de la prévention, les équipes du Codase sont présentes et reconnues par les habitant·e·s et par les jeunes. On est en lien avec les éducateurs spécialisés du Codase et le service jeunesse. Quand on souhaite ouvrir un quartier sur la ville et la métropole, on est évidemment obligé d’avoir cette question en tête. En plus c’est mon métier. On doit travailler sur ces questions de mésusages et d’incivilités récurrents. Clairement, c’est l’ensemble des actions de l’ensemble des acteurs qui permettra d’y arriver : si la police nationale arrive à accomplir sa mission, si la police municipale a ce rôle de proximité, si les acteurs de prévention de la délinquance ainsi que les équipes éducatives sont présents. On peut aussi agir sur la réhabilitation des espaces. Un bâtiment rénové ou une galerie propre sont moins sujets à dégradation.

Justement, ce n’est peut-être pas un hasard que les agressions aient lieu à cet endroit, puisque, avec la démolition du 160 galerie de l’Arlequin, la galerie du 170 est devenue un cul-de-sac alors qu’avant elle était passagère.

On ne peut malheureusement pas avoir toutes les conséquences en tête. S’il y a une attention particulière sur le 170 et qu’un aménagement est nécessaire pour que ce soit plus ouvert, toute solution est bonne à prendre.

Notes :
(1) Actis et Grenoble Habitat sont des structures publiques ou parapubliques. Actis est un EPIC dont Élisa Martin, première adjointe à la mairie de Grenoble, est présidente. Grenoble Habitat est une société anonyme d’économie mixte dont la Ville de Grenoble est actionnaire principal.
(2) Les subventions « contrat de ville », anciennement CUCS, sont des subventions annuelles accordées aux associations des quartiers en politique de la ville, dont la Villeneuve, au titre de la Politique de la Ville. Les trois financeurs sont l’État (via la Préfecture), la Ville de Grenoble et la Métro. La table de quartier donne chaque année un avis, consultatif, sur les demandes de financement.
(3) Dans le détail, 49 projets ont été élus de 2015 à 2019. Un projet pouvant être décliné dans plusieurs endroits de la ville, 62 localisations de projet ont été retenues dans le calcul. Six d’entre elles concernent la Villeneuve : des bacs à fleur sur l’école de la Rampe (2015), une boîte à livres (2016), l’aménagement du local de Pignon sur roue (2016), des triporteurs électriques en libre-service (2017), des nichoirs à oiseaux (2017) et des barbecues dans le parc (2018, en projet, pas encore réalisé). Pour le secteur 6, il faut rajouter une « grebox » à Vigny-Musset. Les secteurs 1 et 2, ceux du centre-ville, sont largement surreprésentés dans les localisations des réalisations du budget participatif.
(4) « Porte Nord » : espace créé par la démolition du bâtiment du CCAS et du 20 galerie de l’Arlequin, censé être une « porte » sur le parc et le quartier.
(5) Une structure en bois a été construite dans la crique centrale à l’été 2018 lors d’un chantier dit participatif.