Mort de Patrick Gacia, habitant du quartier
Affiche, au Barathym, annonçant la mort de Patrick Gacia.

Patrick Gacia, habitant et militant associatif du quartier, est mort mercredi 13 décembre 2023.

Il est né en 1948 à Saint-Hilaire-du-Touvet, en Isère. D’abord psychologue à la clinique Dumas, à la Tronche, il travaille ensuite à l’hôpital de Saint-Égrève. Il s’installe avec sa femme Annie en 1978 à la Villeneuve, au quartier 2. Le couple a eu deux enfants, Christophe et Alfred. Patrick Gacia a attrapé la polio dans les années 50 et en a gardé des séquelles physiques. Partisan résolu de la vaccination, il militera beaucoup pour la vaccination de la population lors de pandémie de covid-19, racontant son histoire personnelle autour de lui.

Patrick Gacia fut un membre actif du relais des 3V, communauté catholique qui regroupe les habitants des quartiers Villeneuve, Village Olympique et Vigny-Musset. Il était impliqué dans plusieurs associations du quartier, notamment l’union de quartier Baladins-Géants et Villeneuve Debout.

Alain Manac’h, également membre de Villeneuve Debout, a lu le texte suivant lors de la cérémonie funéraire pour Patrick Gacia, mercredi 20 décembre 2023 au centre œcuménique Saint-Marc. Nous le partageons avec son autorisation.

« Pour Patrick
« Parfois, comme ça, dans la vie il y a des trous qui s’ouvrent sous vos pieds sans qu’on s’y attende. Des trous géants dont on se demande comment ils sont apparus, et on se demande aussi pourquoi ils sont si vastes, si profonds. Tellement profonds qu’on a peur de s’en approcher au risque de s’y perdre. Et on comprend qu’ils seront durs à combler ces trous… Et pourtant c’est une certitude, ces trous viennent de la disparition… d’une disparition… aujourd’hui celle de Patrick.

« Patrick nous avons envie de te comparer aujourd’hui à ces lutins malins et bienveillants de nos légendes anciennes, de ceux qui agissent en toute discrétion pour le bien des uns et celui des autres. Ces lutins qui travaillent dans l’ombre pour que les choses avancent, pour que les projets se réalisent, pour que la pensée ne s’arrête pas, qu’elle sorte de la banalité. Pour que les actions soient harmonieuses et bien construites mais aussi pour que le soir les tables soient rangées, et les salles nettoyées…

« Tu étais au cœur de l’entre-gens, comme un trait d’union entre toutes les personnes quelles qu’elles soient. Chacun aujourd’hui, même ceux qui ne savent pas te nommer te connaissent. Ils sont au bord de ce trou béant, alignés dans ton souvenir avec cette vague interrogation discrète et peut être secrète : zut et maintenant comment on va faire ?

« Comment on va faire pour continuer… Il y a tellement d’exemples où tes petites mains de lutin bienveillant, surgissaient pour nous faire sortir de l’embarras, chacun ici pourrait raconter cent exemples de cette capacité à agir dans ton engagement.

« Celles et ceux que tu accompagnais et je dis avec précaution que tu accompagnais, de l’Union de Quartier à Villeneuve Debout en passant par d’autre multiples engagements ont le souffle coupé… Nous aurons besoin de temps. Nous en sommes convaincus nous retrouverons force et énergie dans ton souvenir !

« Patrick, comme dans les légendes tu étais un faiseur de Paix prônant le débat et l’écoute bienveillante plus que l’invective ! dans nos réunions nous aimions entendre tes analyses pertinentes, tes modérations, tes rappels au bon sens, façon de rendre concrètes nos ambitions, nous préservant de nos suffisances. Et nous aimions aussi entendre tes exigences…

« Alors à nous maintenant de maintenir, d’activer ta nouvelle présence, sans doute en continuant d’organiser des ateliers bricolage pour confectionner des objets inspirés et utiles aux fêtes de quartier ! Ou de mettre en scène des situations festives et de convivialité comme Villeneuve Plage ! Ou encore de proposer des défis originaux, tels que le banquet des 1000 couverts. Ce banquet où, comme en atteste cette autre histoire d’un certain Pierre Corneille dans la tirade du Cid, : nous étions trois au démarrage et voila que nous fûmes 1000 à l’arrivée.

« Récemment dans nos échanges nous avions ensemble décidé de lever le pouce. Nous voulions nous accorder une année blanche pour nous poser à nouveau les questions que nous avions laissées sur le bord du chemin dans la précipitation des actions… Nous sommes obligés de réussir… pour toi. C’est une exigence, un quasi devoir. Aussi nous aimerions mettre ce temps de travail et de reconstruction sous ta haute vigilance et nous le nommerons de ton nom. Aussi nous le dédions d’avance à Annie et vos enfants.
Mon cher Lutin… tes faiblesses ont été ta force, ton rayonnement en atteste encore, et puisque ton engagement était sans faille nous aimerions terminer cet hommage en citant Emmanuel Mounier, qui n’est pas qu’un lycée ou un arrêt de tram mais un philosophe grenoblois, chantre de l’engagement citoyen, de l’élévation de la personne et de la participation citoyenne, avant que ce ne soit une expression à la mode… d’ailleurs tu n’aimais pas qu’elle soit aujourd’hui quelque peu dévoyée. Mounier nous dit : « Il faut d’abord que chacun apprenne à se tenir debout tout seul. La personne c’est la puissance d’affronter le monde, l’opinion, la lâcheté collective. C’est la capacité de faire silence, de se recueillir, d’alterner la vie intérieure et la vie exposée : c’est le goût du risque, le courage intellectuel, l’irréductible assurance de celui qui sait pourquoi, éventuellement, mourir ».
20/12/2023