La police abat un malinois dans le quartier
Captures d'écran d'une vidéo de l'intervention de la police, dimanche 18 mars. (vidéo : droits réservés)

Dimanche 18 mars, la police a abattu un malinois, un chien de garde très prisé dans le quartier, galerie des Baladins. Les vidéos de la scène circulent beaucoup sur les réseaux sociaux. Depuis, l’association des habitants de la place des Géants tente d’apaiser les tensions.

Sur la place des Géants, le sable répandu dissimule mal les tâches de sang. Celui d’un chien, blessé à mort par des policiers, dimanche 18 mars, en plein après-midi. Plusieurs vidéos des faits tournent depuis sur les réseaux sociaux. Premier acte : cinq policiers patrouillent galerie des Baladins et s’approchent d’un jeune. Son chien, un malinois prénommé Nador, court en aboyant dans la direction des agents, qui tirent deux ou trois coups de feu. Le chien s’écroule quelques mètres plus loin, son maître le recueille.

Deuxième acte : sur la place des Géants, quelques minutes plus tard, les pompiers secourent le chien, toujours accompagné de son maître, entourés par une dizaine de policiers. Sans succès, le chien mourra le lendemain.

Les vidéos cumulent plusieurs milliers de vues et les commentaires postés en dessous sont peu amènes avec la maréchaussée. En les regardant, difficile de se faire une idée. Le chien attaque-t-il les policiers ou s’enfuit-il à leur vue ? Surtout, les policiers étaient-ils en situation de légitime défense, seul cas où ils pouvaient se servir de leurs armes à feu ?

« Son maître m’a raconté que le chien a eu peur en voyant les policiers s’approcher » explique Atika Djedidi, une habitante du quartier, qui a publié les vidéos sur Facebook, « je le connaissais ce chien, il écoutait son maître. La police ne l’a d’ailleurs pas placé en garde à vue après. »

Atika Djedidi est membre de l’association des habitants de la place des Géants, créée en 2014, qui regroupe une vingtaine de femmes pour « faire le lien entre les écoles et les parents, faire rencontrer les jeunes et les structures publiques, comme les missions locales ou les services jeunesse ». L’association porte aussi des revendications d’habitants, comme la réouverture du Lidl, incendié en janvier dernier. « Nous, on demande à toutes les parties de calmer le jeu », explique-t-elle, « surtout que la place des Géants est plutôt calme en ce moment, cette intervention n’a servi qu’à instaurer un sentiment d’insécurité vis-à-vis de la police qui tire à tort et à travers. ».

Les membres de l’association ont, lors d’une rencontre avec une assistante du maire, informé de l’incident et fait remarquer le risque de tension qui pouvait en résulter.

Elles se sont aussi entretenues avec Jean-François Chayrigues, le délégué de cohésion police population, rattaché à la Direction départementale de la sécurité publique de l’Isère (la direction locale de la Police nationale). Une brochure du ministère de l’Intérieur détaille sa mission : « Le dispositif des délégués à la cohésion police population a pour objectif de renforcer la présence de l’État dans les quartiers difficiles. Ils ont pour vocation d’assurer […] un renforcement du lien entre la population, les acteurs de terrain et les services de police, et d’être ainsi un relais accessible aux habitants, associations et commerçants. »

Sauf que, selon l’association, la discussion a été « stérile », le délégué ne « sachant pas grand-chose de l’incident ». Joint par Le Crieur, le réserviste de la police nationale ne « souhaite pas se prononcer sur l’affaire » mais assure qu’une « enquête interne à la police est en cours ».

Reste que le quartier connaît depuis plusieurs mois des difficultés avec certains chiens, pour la plupart des malinois. Des chiens de garde qui n’entrent pas dans les catégories de chiens dangereux, utilisés également par les forces de l’ordre. Plusieurs habitants ont ainsi fait part de leur peur face à ces chiens qui vadrouillent et se sont inquiétés de la façon dont leurs maîtres les éduquent.

Contactée par Le Crieur, la Direction départementale de la sécurité publique de l’Isère (DDSP) n’a pas souhaité, dans un premier temps, donner suite à notre demande d’interview. Le lendemain de la publication du présent article, Le Crieur a reçu l’explication suivante de la DDSP de l’Isère :

« Le chien a surgi d’un enfoncement mural et a attaqué les policiers qui ont fait usage à une reprise du Lanceur de Balles de Défense dont le tir s’est révélé infructueux.
« Le chien a continué sa progression, gueule ouverte, crocs apparents et très agressif  en direction des policiers qui ont fait usage de leur arme de service (deux tirs en totalité) dans le seul de préserver leur intégrité physique.
« Le chien avait déjà été signalé, par des habitants du quartier  comme étant très agressif (plusieurs mains courantes  et plusieurs verbalisations faites par la Police Municipale pour chien non tenu en laisse).
« Des réflexions avaient été enclenchées concernant son agressivité avec les services de la Police municipale.
« Le maître du chien n’a pas été placé en GAV [garde à vue, ndlr] (n’a pas lâché le chien sur les policiers) mais une contravention pour une faute d’imprudence lié à l’absence de maîtrise de son animal agressif a été relevée à son encontre. »

Mise à jour du 6 avril : ajout de la version de la Direction départementale de la sécurité publique de l’Isère