Mobilisation contre les destructions
Une manifestation contre les destructions s'est tenue devant Le Patio, mercredi 28 septembre. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)

Fin septembre, les Ateliers populaires d’urbanisme révélaient que l’Anru souhaitait démolir le 90, en plus de la destruction prévue du 160. Une manifestation d’habitants s’est tenue avant un atelier de concertation.

« Face aux démolitions, défendons la Villeneuve », proclame la banderole. Une cinquantaine d’habitants et de militants sont rassemblés devant le Patio mercredi 28 septembre, à l’appel des Ateliers populaires d’urbanisme (APU). Ils dénoncent la destruction du 160 galerie de l’Arlequin et celle, à étudier, du 90 et du Patio.

Si la démolition du 160 était presque certaine, bien que la mairie jurait en mai que « tous les sujets [étaient] à l’étude », et que le déplacement des commerces étaient dans les cartons depuis plusieurs années, l’idée de détruire le 90 est assez nouvelle.

Le 23 juin, au cours d’une réunion entre l’équipe municipale et l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru),  « l’ANRU [aurait exigé] encore plus de démolitions […] une percée dans la grande barre du 90 galerie de l’Arlequin, qui aurait pour effet de démolir le Patio… », selon David Bodinier, des APU.

Réunion tendue

Lors d’un « atelier de concertation » qui fait suite à la manifestation, les techniciens de la mairie et le cabinet d’architectes Passagers des villes se retrouvent face à un feu nourri de questions.

Lors de l'atelier de concertation, mercredi 28 septembre. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)

Lors de l’atelier de concertation, mercredi 28 septembre. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)

Éric Ruiz, chargé de la rénovation urbaine à la Métro, explique : « Quand on est allé [le 23 juin, ndlr] demander des subventions à l’Anru pour étudier la réhabilitation du 10, du 20 et du 30 [de la galerie de l’Arlequin, ndlr], l’Anru nous a dit, en clair, que c’était trop cher. » L’agence aurait donc réclamé des gages.

« D’ici mars 2017, date de la signature de la convention entre la Métro et l’Anru, on discute de tout ce que l’on veut pour le quartier. L’Anru a suggéré d’étudier la destruction du 90. », confirme Éric Ruiz.

De quoi faire s’insurger une partie des habitants présents. Le 90 est un bâtiment central de l’Arlequin avec ses 102 logements sociaux. Il surplombe le Patio qui abrite la bibliothèque Arlequin,  la ludothèque, l’Espace 600, le Barathym, le PIMMS et divers services du CCAS et de la ville. La destruction du 90 serait autrement plus lourde que celle du 50 qui avait déjà mobilisé nombre d’habitants.

Partie de poker

Humbert David, l’architecte en chef de Passagers des villes, pressé par les habitants, a tenu à se démarquer de l’Anru : « À titre personnel, je suis contre la démolition du 90. » Mais l’équipe de Piolle se retrouve en porte-à-faux, elle qui avait fait campagne aux élections municipales contre de nouvelles démolitions.

Interrogée par Le Crieur, Maryvonne Boileau, adjointe à la Politique de la ville, s’insurge : « C’est faux de dire que nous ne faisons pas le poids face à l’Anru. Ce sont eux qui décident, un peu, mais on doit influencer leurs décisions, dans le sens des habitants et de la majorité. » Avant de prévenir : « Nous ne sommes pas favorables à démolir comme des brutes. Mais il ne faut pas être dans un dogme. S’il faut lâcher sur certaines choses, il faut réfléchir ensemble à ce qu’on veut faire. »

La mairie de Grenoble pourrait prendre exemple sur Gennevilliers. Dans cette ville de la banlieue de Paris, l’Anru a réclamé la destruction de cinq tours du quartier populaire des Agnettes. Les habitants et la mairie (PCF) de Gennevilliers se sont opposés aux souhaits de l’Anru. « En démolissant les tours, ils suppriment au passage les couches populaires », proteste le maire Patrice Leclerc au Parisien. Le 6 octobre, habitants et municipalité ont organisé une manifestation devant le siège de l’Anru pour contester ces démolitions.

« Contraintes calendaires »

L’atelier a été l’occasion de découvrir les nouvelles étapes qui ponctueront le prochain volet de la rénovation urbaine. La co-construction a été reléguée après la signature de la convention entre l’Anru et la Métro, une fois que les grandes lignes directrices des projets de rénovation urbaine auront déjà été décidées.

Pressées par les « enjeux nationaux » de 2017 et les élections présidentielle et législatives, la ville et la Métro doivent accélérer le mouvement. Le cabinet Ville Ouverte, chargé de la participation des habitants, a été remercié en juillet. Officiellement, sa mission était terminée. « Nous avons fait notre travail sur la partie immersion, de mars à juillet », explique Céline Steiger, qui était en charge des dossiers sur les Villeneuves (Grenoble et Échirolles) chez Ville Ouverte, au Crieur. « C’est forcément frustrant d’arrêter cette mission, c’est un quartier hyper attachant. », explique Céline Steiger.

Entretemps, les habitants devront faire de la « concertation » sur des sujets imposés par les instances locales ou nationales, comme la destruction du 160, voulue par la préfecture de l’Isère, ou celle du 90, portée par l’Anru. « Ça me fout en colère de savoir qu’on va passer du temps sur la destruction du 90, alors qu’on n’en veut pas. », proteste une habitante. Un autre abonde : « Vous imaginez qu’on vienne chez vous et qu’on dise : « On va faire de la co-construction sur la démolition de votre maison ?! » »