« L’Espace 600 doit être une maison commune, vivante et ouverte »
Anne Courel, directrice de l'Espace 600, lors de la présentation de la saison 2018-2019, le 29 septembre 2018. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)

Le 29 septembre, à l’occasion de la présentation de la saison 2018-2019 de l’Espace 600, théâtre situé à la Villeneuve, Le Crieur a rencontré la metteuse en scène Anne Courel. La nouvelle directrice de l’Espace 600, arrivée en septembre 2018, a fait part, au cours de cette présentation de son « intention de beaucoup travailler avec l’environnement » et de sa recherche d’un « nécessaire équilibre entre ici et ailleurs ».

Le Crieur : Quel regard portez-vous sur la présentation de cette saison ?

Anne Courel : J’aime beaucoup accueillir les gens, c’est mon rôle principal ce matin. Le mot hôte a deux sens : le quartier est l’hôte du théâtre puis le théâtre est l’hôte du quartier. Nous, au théâtre, on répond aux règles de l’hospitalité. L’Espace 600 a tout ce qu’il faut pour être une maison commune, vivante et ouverte. Il faut faire le lien entre les artistes et les habitants. L’action culturelle, la création de spectacles, leur diffusion, tout ça c’est un ensemble. Et ensemble on le fabrique.

Pourquoi avoir voulu prendre la tête de l’Espace 600 ?

Je suis venue pour le projet de l’Espace 600, j’y ai été programmée plusieurs fois [notamment pour son spectacle Holloway Jones, en mai 2017, ndlr].

Vous être directrice d’un théâtre mais aussi à la tête d’une compagnie, la compagnie Ariadne, à Villeurbanne (banlieue de Lyon). Original ?

Au niveau national, ce n’est pas si extraordinaire que ça… Par exemple, on doit être trois ou quatre en Rhône-Alpes. Mais ça donne une certaine couleur au lieu. Ça ne change pas tout, certaines tâches, comme la programmation, sont les mêmes. J’ai envie de faire le même métier que Lucie [Duriez, la directrice précédente, ndlr].

La directrice de l'Espace 600 Anne Courel, entourée d'artistes programmés à l'Espace 600 et de membres de l'association qui dirigent le théâtre. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)

La directrice de l’Espace 600 Anne Courel, entourée d’artistes programmés à l’Espace 600 et de membres de l’association qui dirigent le théâtre. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)

Comment présenter une programmation que l’on n’a pas faite ?

Il faut s’en emparer. Déjà, je ne suis pas toute seule, il y a le reste de l’équipe de l’Espace 600 et puis les artistes travaillent en collectif. Je n’arrive pas dans l’inconnu, je connais déjà une bonne partie des gens programmés. Ce que j’ai besoin de connaître, ce sont les compagnies grenobloises et les acteurs de la Villeneuve, là c’est le trou total. Ça va prendre du temps, il faut que je fasse du travail sous-terrain pendant six mois.

Comment sera votre prochaine et première programmation ?

Je veux garder la couleur « jeune public » de l’Espace 600. C’est la seule scène régionale jeune public en Rhône-Alpes ! Ce lieu doit être un lieu phare. On en parle dans la France entière que Villeneuve a une scène jeune public, il faut le cultiver. Il faut que les gens soient fiers d’avoir ce théâtre.

Il se passe des choses ici qui ne se passent pas ailleurs… La BatukaVI par exemple !

En 2017, l’Espace 600 a été critiqué par une partie des habitants du quartier par rapport à sa politique culturelle (lire l’article Quelle culture pour l’Espace 600 ?). Comment l’abordez-vous ?

Le débat de 2017 est un faux débat. L’Espace 600 travaille déjà dessus [une rencontre-débat entre habitants, membre de l’association et artistes a eu lieu en juin 2017, ndlr], il faut laisser du temps, faire des aménagements ensemble. Je ne veux pas travailler seule.

Quelles sont vos pistes d’action à l’Espace 600 ?

Je vais mettre en scène des spectacles avec ma compagnie, avec les jeunes du quartier. Il faudrait mettre en place une mutualisation des compétences car il y a un manque criant de moyens pour les structures du quartier.

Je partage l’exigence artistique que portait Lucie mais l’exigence artistique, ce n’est pas du mépris pour les autres. Chacun a des exigences dans son métier. On n’est jamais autant solidaire qu’à partir du moment où chacun apporte ses compétences.

Ce n’est pas la première fois que vous dirigez un théâtre puisque que vous avez été à la tête du théâtre municipal Théo Argence, à Saint-Priest (banlieue de Lyon), de 2010 à 2014. Une aventure qui s’est mal terminée puisque la nouvelle municipalité, sitôt arrivée au pouvoir, a annulé la moitié de la programmation 2014-2015, au prétexte qu’elle était trop « élitiste ».

Ils [la municipalité UMP de Saint-Priest, ndlr] voulaient du rock et de la variété pour dire « On fait du populaire »… Mais du coup, personne ne faisait avec les habitants, c’est pas populaire ça ! C’était une mairie presque d’extrême droite. J’ai rempli le théâtre avec les gens issus classes populaires.