Le vélo, ça s’apprend et ça s’oublie
Claire, bénévole de Pignon sur roue, en train de réparer un vélo dans l'atelier. (photo : Déborah Mougin, Le Crieur de la Villeneuve)

Depuis le début du mois de janvier, l’atelier d’auto-réparation de vélos Pignon sur roue organise des séances de remise en selle. L’objectif ? Proposer des cours de vélo aux adultes, pour leur permettre de se déplacer dans le quartier en toute liberté. Le Crieur a assisté à l’un deux.

Jeudi matin, devant les locaux de Pignon sur roue (lire l’article Sprint final pour Pignon sur roue), atelier qui propose des coups de pouce pour réparer les vélos, cinq femmes sont présentes. Deux sont des bénévoles et trois sont des mamans entre quarante et cinquante ans. Elles ne savent pas ou plus faire de vélo : c’est là tout l’enjeu de cette rencontre !

Après quelques étirements (les courbatures de la séance de la semaine précédente sont encore fraîches), toutes en selle ! Marcher avec le vélo entre les jambes pour commencer, gérer la petite pente de l’allée des Frênes. Et puis, très vite, les premiers coups de pédale.

Pour certaines participantes, comme Fiala, c’est un peu plus simple : elle avait appris à rouler quand elle était enfant. « Je faisais du vélo quand j’avais 10, 15 ans ; mais ça va faire plus de 20 ans que j’ai arrêté, ce n’est pas évident de reprendre ! » Pour d’autres, le chemin sera plus long, mais toutes sont motivées.

Lors de cette deuxième séance, Douja arrive pour la première fois à enchaîner les tours de pédalier et à faire le tour de la place. Elle nous interpelle : « Et si je vous disais que j’ai le permis moto, ça vous étonnerait, non ?! Mais ce n’est pas pareil, les roues sont plus larges sur la moto et il ne faut pas pédaler en même temps ! » Il en faut, du courage, pour commencer le vélo à plus de 40 ans ! Maîtrise de l’équilibre, de la vitesse, du freinage, savoir gonfler un pneu… Tout est à apprendre !

Claire, l’une des bénévoles, explique : « Je suis passionnée de vélo depuis longtemps : à vélo, tout est différent, dans notre rapport à la nature ou aux autres. Nous avions déjà l’idée d’organiser des ateliers de remise en selle, comme le font d’autres associations (notamment ADTC-Se déplacer autrement ou Les Déraillées), mais c’est Osmose qui a identifié le besoin et nous a permis de commencer ! »

Les cours sont adaptés au public : « Nous pensons faire trois groupes (débutant, intermédiaire, confirmé), avec huit séances par niveau, de savoir pédaler à être à l’aise dans la circulation. »

Chacune des participantes a ses raisons de (ré)apprendre aujourd’hui à faire du vélo : « Moi, je fais beaucoup de petits trajets et ce n’est pas toujours pratique en voiture : il n’y a pas de places, il faut encore marcher une fois garée… Le vélo, c’est plus simple. Quand il fait beau, on a envie d’en faire, et quand on ne sait pas, c’est frustrant ! Des fois, mes enfants faisaient du vélo et moi je courrais à côté ! Aujourd’hui, j’ai vraiment envie de m’y remettre. », raconte Fiala. Pour Douja, le cyclisme aide certes aux déplacements, mais ce n’est pas le seul point : « Ça sert à se déplacer, mais aussi pour le sport, pour les loisirs. On peut aller se balader à plusieurs, sortir, partager des choses. »

Interrogée par Le Crieur, Sylvie Banoun, la coordinatrice interministérielle pour le développement et l’usage du vélo, parle d’« inégalités sociales » concernant la pratique de la bicyclette. « Le public des vélo-écoles, ce sont beaucoup de personnes précarisées, plutôt des femmes, entre 35 et 70 ans », détaille-t-elle, « c’est perçu comme stigmatisant de ne pas savoir faire de vélo. » Selon l’enquête Les Français et le vélo (2013), près de 94 % de la population sait faire du vélo. Mais 23 % se déclarent « plus très à l’aise d’en faire ». De quoi faire tourner encore un peu les cours de remise en selle.

Pour les trois femmes présentes, cet atelier leur permettra d’être plus libres dans leurs déplacements et d’avoir le plaisir de proposer : « Demain, on va rouler ? »

Pour participer aux ateliers : Pignon sur Roue, 9 allée des Frênes, adhésion obligatoire à l’association Osmose (10 € par personne, 15 € pour une famille).