L’Anru rejette en partie le projet de rénovation de la Villeneuve
Villeneuve et son lac. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)

Après quatre ans d’élaboration, le nouveau projet de rénovation urbaine (NPNRU ou Anru 2) arrive dans la dernière ligne droite. Mercredi 11 juillet a eu lieu le « comité d’engagement de l’Anru », ultime étape avant la signature de la convention qui liera les principaux acteurs de la rénovation urbaine (communes, La Métro, les bailleurs sociaux, l’Anru).

Selon l’avis du comité d’engagement de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), que Le Crieur a obtenu (voir ci-dessous), l’agence validerait l’essentiel du dossier porté par la Métro, qui porte sur les deux Villeneuves, à Grenoble et à Échirolles, sur les quartiers Mistral, à Grenoble et Renaudie-Champberton, à Saint-Martin-d’Hères. Les rares parties retoquées concernent la Villeneuve de Grenoble.

Le document est technique et sec, et ne présente pas de détails. Surtout, il faut lire entre les lignes pour connaître le projet soumis par la Métro, qui refuse de le communiquer.

Principale décision redoutée dans le quartier, malgré la lutte des opposants à la démolition (lire l’article Feu nourri contre la démolition du 20), l’Anru soutient et accompagne la démolition du 20 galerie de l’Arlequin, portée par la municipalité et la Métro. Mais l’Anru refuse de financer la réhabilitation du 10 galerie de l’Arlequin. Un camouflet pour la politique de négociation avec l’Anru menée par Éric Piolle, maire de Grenoble : depuis le début, la mairie argumentait qu’il fallait accepter la démolition du 20 pour permettre de « sauver » le 10. Pour l’instant il n’en est rien. Il reste un mince espoir pour les habitants, que la ville et le bailleur (la SCIC Habitat, lire l’article Le bon plan de SCIC Habitat) rénove l’immeuble sans l’aide financière de l’Anru. Difficile à imaginer, la direction de SCIC Habitat souhaitant la démolition de l’immeuble, selon l’association des résidents du 10-20.

Une bonne partie du projet sur la Villeneuve de Grenoble serait validé par l’Anru, notamment la réhabilitation des logements concernés par un des deux plans de sauvegarde des copropriétés dégradées (lire l’article Une partie de l’Arlequin bientôt rénovée). L’Anru accepte ainsi de financer « la réhabilitation de 226 logements sociaux au 70 sud-est, 130, 150 et 170 galerie de l’Arlequin », soit les montées issues de la scission de la copropriété du 130-170. L’inconnue demeure pour le 140 galerie de l’Arlequin, pourtant concerné par le périmètre mais dont l’avis du comité d’engagement ne fait pas mention.

Pour l’autre plan de sauvegarde, la situation est plus complexe. Si les montées purement privées (80 et une partie du 100 galerie de l’Arlequin) seront bien rénovées, selon la convention du plan de sauvegarde, les montées de logements sociaux resteront dans l’expectative. L’Anru souhaite en effet la mise en place d’une « phase complémentaire de projet » par le biais d’un avenant à la convention, avenant qui pourrait intervenir en 2021. Ainsi, la réhabilitation ou non — que l’Anru appelle pudiquement le « traitement des adresses » — des « 60 sud, 90, 100 nord, 110 et 120 galerie de l’Arlequin » serait soumise à des « arbitrages politiques ». En clair, l’Anru met la pression sur la mairie. La date de 2021 a l’avantage pour l’Anru de laisser passer les élections municipales de 2020, et pourquoi pas de traiter avec une municipalité aussi ouverte qu’elle aux démolitions massives. Resurgit ainsi l’ombre de la démolition du 90 galerie de l’Arlequin, déjà évoquée en septembre 2016 (lire l’article Mobilisation contre les destructions) et précédemment lors de l’Anru 1, et la perspective de nouvelles oppositions aux démolitions.

Comme un éternel recommencement, plusieurs centaines de familles d’un bon quart de la galerie de l’Arlequin ne savent toujours pas si leur logement sera rénové ou non.

L’Anru, dans son avis, donne une estimation chiffrée de la « phase complémentaire » (l’avenant à la convention). Mais ce chiffrage ne présente que la démolition des immeubles précités, plus celle du 10 galerie de l’Arlequin, comme si l’Anru avait déjà fait une croix sur ces immeubles.  La mairie soutient-elle ces démolitions ? Jointes par le Crieur, la mairie et la Métro renvoyaient vers une conférence de presse qui doit avoir lieu jeudi 4 octobre.

Parmi les bonnes nouvelles, l’Anru accepte de financer la réhabilitation des « 30, 60 est, 70 nord et 70 sud-ouest » de la galerie de l’Arlequin, ainsi que l’aménagement « de l’équipement jeunesse de l’Arlequin [initialement prévu dans l’Anru 1, ndlr], la réhabilitation du gymnase de la Rampe, le pôle enfance du nord de l’Arlequin [La Cordée], le pôle enfance des Trembles et la réhabilitation du parking-silo 1 [déjà engagée] ».

Le Village Olympique, grand oublié des projets de rénovation jusqu’à présent, bénéficierait de la réhabilitation des tours 32 et 34 de l’avenue Marie Reynoard et verrait un vaste plan de réhabilitation de « 626 logements sociaux de la SDH ». Une carotte présentée par l’Anru mais dont le coût sera essentiellement porté par le bailleur social.

L’avenant à la convention, donc hypothétique pour l’instant, intègre également la reconstruction du Patio (la démolition du Patio est forcée en cas de démolition du 90 galerie de l’Arlequin, juste au-dessus) et la transformation de la piscine Iris, ainsi que la réhabilitation de 107 logements sociaux de la place des Géants.

La Métro a présenté devant l’Anru un budget de 335 millions d’euros pour les deux Villeneuves, dont 127 millions financés par l’Anru (73 sous forme de subvention, 54 sous forme de prêts Action logement, anciennement « 1% logement »). L’Anru réduit la voilure en n’acceptant de financer « que » 112 millions d’euros, notamment à cause d’une baisse des prêts Action logement.

Jointe par Le Crieur, l’Agence nationale de rénovation urbaine botte en touche et renvoie vers les « responsables renouvellement urbain » de la Métro.

Le détail pour la galerie de l’Arlequin

Dur de s’y retrouver dans les multiples plans de réhabilitation de la galerie de l’Arlequin, voici le détail (en gras, les opérations déjà réalisées ou en cours) :

  • 10 : en attente intégré dans l’avenant de l’Anru 2 ;
  • 20 : Anru 2, démoli ;
  • 30 : Anru 2, rénové ;
  • 40 : Anru 1, rénové (maintenant 40 et 42) ;
  • 50 nord : Anru 1, démoli ;
  • 50 sud : Anru 1, rénové (maintenant 50 et 52) ;
  • 60 est : Anru 2, rénové ;
  • 60 ouest : Anru 2, rénové ;
  • 60 sud : en attente intégré dans l’avenant de l’Anru 2 ;
  • 70 nord : Anru 2, rénové ;
  • 70 sud-est : Anru 2, rénové (plan de sauvegarde) ;
  • 70 sud-ouest : Anru 2, rénové ;
  • 80 : rénové (plan de sauvegarde) ;
  • 90 : en attente intégré dans l’avenant de l’Anru 2 ;
  • 100 nord : en attente intégré dans l’avenant de l’Anru 2 ;
  • 100 sud : rénové (plan de sauvegarde) ;
  • 110 : en attente intégré dans l’avenant de l’Anru 2 ;
  • 120 : en attente intégré dans l’avenant de l’Anru 2 ;
  • 130 : Anru 2, rénové (plan de sauvegarde) ;
  • 140 : inconnu ;
  • 150 : Anru 2, rénové (plan de sauvegarde) ;
  • 160 : Anru 2, démoli ;
  • 170 : Anru 2, rénové (plan de sauvegarde).

CE anru